La presse canadienne - Est-ce la fin du rêve éolien au Québec ?

Avec les résultants des derniers appels d’offre de septembre 2007, il ne manquera que 500 MW de projets communautaires et autochtones pour atteindre l’objectif des 400 MW de capacité d’ici 2015. Mais rien de concret n’est prévu pour poursuivre le développement éolien par la suite. Sans révision des plans stratégiques d’Hydro-Québec et du gouvernement, l’automne 2007 pourrait bien signer la fin du rêve éolien pour au moins 20 ans. L’éolien aura été un feu de paille qui représentera au mieux 5 % de la génération d’électricité du Québec.

Trois facteurs expliquent ce constat désastreux : la demande interne d’électricité sature rapidement, la réfection de la centrale nucléaire de Gentilly et la réalisation des projets hydro-électriques prévus pendant la décennie 2010 satisferont amplement la demande interne et les objectifs en matière d’exportation. Est-ce logique si on considère que le Québec a des avantages considérables pour le jumelage hydro-éolien et que l’industrie éolienne québécoise devra compter sur de nouveaux développements pour poursuivre sa lancée ? Pourtant, en s’inspirant des objectifs européens et canadiens, le Québec pourrait considérer un objectif de 20 % de l’offre d’électricité, soit environ 10 000 MW.

SCÉNARIO 2006- 2025

Si on se base sur les scénarios tendanciels, la demande d’électricité supplémentaire annuelle sera de 22 TWh en 2014 par rapport à 2005. Mais de 2014 à 2025, l’accroissement annuel ne sera que de 14,1 TWh. En 2015, en assumant que Gentilly sera rénové l’hydroélectricité représentera 91 % de l’électricité offert par Hydro-Québec, l’éolien 4,8 % et le reste (nucléaire et thermique) 4,2 %. Déjà un surplus de 25,3 TWh par an sera disponible pour l’exportation ou pour face à des années plus faibles en hydraulicité. À noter que ce surplus suffirait pour remplir la demande supplémentaire jusqu’en 2025. Ce n’est pas tout. Selon la stratégie énergétique du Québec, il est prévu que 4 500 MW de projets hydroélectriques seront lancés d’ici 2015. Résultats, sans aucun ajout d’éolien, Hydro-Québec satisfait amplement la demande interne du Québec jusqu’en 2025 et l’énergie disponible è l’exportation passe de 10, 1 TWh (2005) à 42 TWh en 2020.

CONSTRUIRE POUR L’EXPORTATION

Même sans nouvelle capacité éolienne, le consensus tacite d’avoir un seuil de 10% de la capacité de génération d’Hydro-Québec pour la bonne gestion de l’hydraulicité et le jeu de l’exportation sera rapidement dépassé à partir de 2015 et atteindra une part de près de 16,7% en 2020. En d’autres mots compte tenu que la demande interne sature, le Québec commencera à construire pour l’exportation. En soi, la question impose un débat de fond. Dans le cas d’une nouvelle orientation en faveur de l’exportation, le Québec pourrait même aller plus loin et ajouter 6 000 MW d’éolien sans problème.

ÉLECTRIFICATION

Pour plusieurs raisons conjoncturelles et politiques, la part de l’électricité dans le bilan énergétique du Québec est restée à 38% depuis 20 ans, ce que prévoit également le scénario tendanciel en 2025. Comme le quatrième âge de l’énergie sera celui de l’électricité, le Québec a le loisir de s’électrifier davantage Dans le transport, par exemple, il pourrait miser sur la recharge des voitures hybrides. Avec une augmentation de la part de l’électricité de 28% à 50%, les nouvelles capacités, y compris éoliennes, seraient absorbées.

Dans les dernières années, les politiques énergétiques du Québec pour les nouvelles filières de production d,électricité se sont limitées è des quotas, indépendamment de leur valeur économique et environnementale. Par exemple, rien ne dit que la nouvelle hydraulique (4 500 MW) ou la réfection de Gentilly ne soient de meilleures options que l’éolien. Et que penser des centrales hydro-éoliennes qui ne sont pas considérées d’aucune façon? Si cette politique de quotas a permis le déblocage de l’éolien, il n’est peut-être pas judicieux de la prolonger indûment pour une bonne raison : le Québec a plusieurs choix de filières matures qu’il convient de comparer équitablement. Pendant quelques années, le temps de digérer et de connaître l’éolien, il est donc judicieux de se mettre à la tâche. Elle est composée d’approche collaborative, de rigueur et évidemment d’investissement dans la connaissance. Malheureusement, l’improvisation et le jeu du hasard n’aideront pas.

* L’auteur est membre associé du Groupe de recherche en économie de l’énergie et de l’environnement (GREEN), à l’Université Laval.

Le vendredi 28 septembre 2007

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