CYBERPRESSE / BIOCARBURANTS : L’éthanol au banc des accusés (le 28 déc. 2007)
Éric Moreault
Le Soleil
Québec
Définition : Carburants produits à partir de matériaux organiques renouvelables. Les sources de fabrication sont, entre autres : maïs, soya, biomasse, canola, canne à sucre, huiles végétales usées, restes d’animaux et fumier.
Les biocarburants ont commencé l’année comme panacée à notre dépendance au pétrole. Ils la terminent au banc des accusés, suspectés de l’augmentation des prix de la nourriture et de bénéfices écologiques limités.
Quand on y pense un peu, l’utilisation des biocarburants pour remplacer le pétrole semble aller de soi. Surtout quand on recycle les résidus de bois ou de paille. Autre avantage, ils réduisent les émissions de gaz à effet de serre (GES), parfois jusqu’à 80 %.
Il n’en fallait pas plus pour que les gouvernements canadien, américain et provinciaux lancent de généreux programmes de subventions et se dotent d’objectifs pour remplacer une partie de l’essence par de l’éthanol. D’autant plus que l’utilisation des biocarburants, comme mesure d’atténuation de la pollution des transports, figure en bonne place des solutions proposées par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), dans son rapport sur la lutte aux changements climatiques, publié en mai.
Mais en poussant la réflexion, on s’est rendu compte que le portrait perdait de son éclat vert. L’éthanol à base de maïs s’est retrouvé sur la sellette. D’abord parce que le maïs est une monoculture très nocive pour les sols, en érosion et en pollution de l’eau.
Ensuite parce que son utilisation massive comme carburant plutôt qu’en nourriture ou en fourrage pour les bêtes a fait augmenter les prix, avec des impacts sur le panier d’épicerie du consommateur. Seulement un peu ici, selon une étude publiée récemment, mais de beaucoup au Mexique où le prix pour la farine de tortilla, le plat national à base de maïs, a doublé, provoquant une crise sociale. Et en plantant plus de maïs et en délaissant d’autres cultures, le prix des autres céréales a monté. Bref, les pauvres trinquent.
Qui plus est, l’éthanol au maïs produit environ 25 % plus d’énergie qu’il n’en requiert pour sa transformation et réduit, au bout du compte, les émissions de GES de 10 % à 20 %. De minces gains environnementaux compte tenu des impacts de sa culture.
Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement Charest indique, en novembre, qu’il n’y aurait plus d’usine d’éthanol comme celle de Varennes, en banlieue de Montréal. Depuis quelques années, Québec se tourne vers l’éthanol cellulosique, fabriqué à partir des résidus — la biomasse. Ce biocarburant, ainsi que d’autres comme le biodiesel, pourrait redorer l’étoile des biocarburants dans les années à venir.
Cet éthanol de «deuxième génération» est trois fois plus efficace sur le plan énergétique et quatre fois plus pour la réduction de GES que l’éthanol-maïs. On n’en avait (ou presque) que pour lui au Sommet annuel canadien sur les carburants renouvelables, à Québec, début décembre.
Le biodiesel aussi a la cote. Ses performances sont supérieures à l’éthanol cellulosique. Et comparé à du diesel traditionnel, il contribue de façon significative à réduire le smog, les pluies acides et la pollution de l’air.
Reste que les biocarburants ont un gros handicap : ils ne suffisent pas à la demande. En ce moment, le Canada produit un milliard de litres d’éthanol. Il en faudrait le double, d’ici 2010, pour rencontrer l’objectif de substitution de 5 % dans l’essence fixé par Ottawa. Imaginez 100 %.
Aux États-Unis, on a évalué que si toutes les plantations étaient vouées au biodiesel, elles ne remplaceraient que 6 % du combustible — le double pour l’éthanol-maïs et le quadruple pour l’éthanol cellulosique. On est loin du compte.
Ce qui ne devrait pas empêcher les biocarburants de susciter beaucoup d’intérêt en 2008.
http://www.cyberpresse.ca/article/20071227/CPSOLEIL/71226105/7155/CPSOLEIL
Le vendredi 28 décembre 2007.
Commentaires
Laissez un commentaire