ACADIE NOUVELLE / Le dieu Éole est puissant au N.-B. (le 28 déc. 2007)

CARAQUET - Jamais quelque chose d’aussi invisible que le vent n’aura été aussi convoité au Nouveau-Brunswick en 2007.Il n’y a pas eu une semaine où le sujet de l’énergie éolienne n’a pas été traité dans divers médias. Quand ce n’était pas le dévoilement d’un projet à coup de centaine de millions de dollars, c’était les inquiétudes des citoyens face à ces entreprises étrangères aux intentions bien précises.

L’atlas éolien à haute résolution, publié au printemps par la Chaire K.-C.-Irving de développement durable, a confirmé la puissance du dieu Éole dans la province. L’ouvrage a surtout mis en évidence le potentiel exceptionnel de la Péninsule acadienne et du Nord-Est. Énergie NB a suivi avec l’attribution du premier contrat de production d’énergie éolienne. Un chantier pour un parc de 32 tours, pour 96 mégawatts, a débuté à Kent Hills, au sud-ouest de Moncton, cet automne.

À cela s’ajoute les intentions du gouvernement du N.-B. d’accélérer le développement de cette industrie. En mai, il a ramené l’échéance de 2016 à 2010 pour la production de 400 MW à partir de cette ressource. Il a du coup lancé des appels d’offres pour 300 MW.

Plus de 40 développeurs, totalisant 1500 MW, ont répondu à cette invitation, ce qui prouve hors de tout doute l’intérêt commercial du vent dans la province. Énergie NB doit faire connaître les élus au début de la nouvelle année. Dans ce contexte très alléchant, les développeurs ont augmenté leur pression envers les communautés.

Des projets majeurs ont poussé partout, spécialement dans la Péninsule acadienne. Les promoteurs y ont ciblé Caraquet, Maisonnette, Grande-Anse/Pokeshaw ainsi que Bas-Caraquet - ce dernier à l’insu de la municipalité! - afin d’y installer ces grandes tours à hélices. À leur quatre, la valeur des projets proposés dépassait le milliard de dollars.

“Avant 2007, ces développeurs étaient beaucoup plus discrets, révèle Yves Gagnon, titulaire de la Chaire K.-C.-Irving de développement durable et spécialiste de la question éolienne. Mais tout ce potentiel a attiré de nouveaux joueurs. Ils ont lancé leur opération charme et leurs belles promesses auprès des propriétaires de terrains convoités.”

Cette approche “coloniale” a malheureusement fait quelques victimes. Certains promoteurs ont pu promettre mers et monde à des citoyens avec l’avenir éolien. Ces derniers ont signé des consentements de location à des prix dérisoires.

Par contre, les communautés ont compris comment ça fonctionnait et elles sont devenues beaucoup plus méfiantes face à ces investisseurs étrangers. L’Association francophone des municipalités du N.-B. a d’ailleurs pris les devants, en lançant régulièrement des avertissements à l’arnaque.

“Il y a eu une prise de conscience populaire que la ressource du vent est importante pour la province. Les communautés ont commencé à réaliser qu’elles avaient aussi un mot à dire dans ce procédé. Elles ont choisi la prudence et la méfiance. Elles ont aussi cru qu’elles pourraient en retirer des bénéfices localement”, a remarqué M. Gagnon.

Longtemps accusé d’avoir négligé la question, le gouvernement provincial a promis d’y voir dans le récent discours du Trône. Il évaluera notamment le concept de parcs éoliens communautaires, de petits parcs qui produiront une dizaine de mégawatts, mais qui seront entièrement financés par la communauté locale.

http://www.acadienouvelle.com/AcadieNouvelle/2007/12/27/Le_dieu_Eole_113.cfm
Le vendredi 28 décembre 2007.

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